Les grandes fuites

Fuite de données Fédération française de tir : les licenciés ciblés par de faux policiers

En octobre 2025, la Fédération française de tir a subi une intrusion dans son outil de gestion des licences. Les coordonnées de plus de 200 000 licenciés ont été exposées, puis de faux policiers ont visé des tireurs à leur domicile.

Par la rédaction · Mis à jour le · 6 min de lecture

La fuite de données de la Fédération française de tir (FFTir) a touché des centaines de milliers de tireurs sportifs. Entre le 18 et le 20 octobre 2025, un pirate est entré dans l'outil de gestion des licences. Les noms, adresses et téléphones des licenciés ont été exposés.

L'affaire a pris une tournure inquiétante. Quelques jours plus tard, de faux policiers se sont présentés chez des tireurs pour voir leurs armes. Ce dossier fait le point. Pour les notions de base, lisez notre guide sur la fuite de données.

Que s'est-il passé à la Fédération française de tir ?

La FFTir regroupe les clubs de tir sportif en France. Elle gère les licences de ses membres grâce à deux outils en ligne :

  • ITAC, un intranet utilisé par les clubs pour gérer adhérents, licences, pièces médicales et inscriptions aux championnats ;
  • EDEN, l'espace où chaque tireur gère sa propre licence.

Selon Next, une intrusion « non autorisée » a eu lieu entre le 18 et le 20 octobre 2025. Elle a été détectée le 20 octobre. La fédération a aussitôt débranché ITAC et EDEN.

Le jeudi 23 octobre 2025, la FFTir a alerté ses licenciés. Elle a indiqué avoir corrigé la faille de sécurité. Elle a aussi annoncé un audit complet de son informatique, selon Clubic.

Les services ont été rétablis après quelques heures. Les licenciés ont dû réinitialiser leur mot de passe. Les QR codes des licences ont été invalidés : il fallait télécharger à nouveau sa licence.

Chronologie

Date Événement
Juin 2025 La FFTir annonce confier la réécriture d'ITAC et EDEN à un nouveau prestataire.
18-20 octobre 2025 Un pirate s'introduit dans le système de gestion des licences.
20 octobre 2025 L'intrusion est détectée ; ITAC et EDEN sont coupés.
23 octobre 2025 La FFTir alerte ses licenciés ; elle dit avoir prévenu la CNIL et l'ANSSI et porté plainte.
6 novembre 2025 Europe 1 révèle qu'un faux policier s'est introduit chez un tireur à Paris.
7 novembre 2025 Une fiche d'alerte destinée aux tireurs est diffusée sur cybermalveillance.gouv.fr.
Novembre 2025 D'autres vols d'armes par ruse sont signalés, notamment à Nice.

Quelles données ont fuité ?

Selon la fédération, citée par Next et Clubic, les données exposées sont :

  • le numéro de licence ;
  • l'état civil (nom, prénom, date et lieu de naissance) ;
  • l'adresse postale ;
  • l'adresse e-mail ;
  • le numéro de téléphone.

La FFTir affirme qu'aucune donnée médicale ni bancaire n'est concernée. Elle précise aussi qu'elle ne détient aucune information sur les armes de ses membres.

Ces informations sont enregistrées dans un autre fichier, le SIA (système d'information sur les armes), géré par l'État. Selon le magazine de la fédération, le service central des armes a confirmé que le SIA n'avait pas été piraté.

Le problème est ailleurs. Une liste de tireurs sportifs avec leurs adresses suffit à deviner que beaucoup détiennent une arme chez eux.

Pour des cambrioleurs, c'est une information précieuse. Elle permet de choisir des cibles sans repérage préalable. C'est ce qui rend cette fuite différente d'une fuite chez un commerçant ou un opérateur.

Combien de personnes sont concernées ?

Les chiffres varient selon les sources :

  • environ 250 000 licenciés, actifs et anciens, selon Clubic ;
  • 274 000 licenciés, selon Europe 1 ;
  • environ 240 000 licenciés, selon Lyon Mag.

Le magazine de la FFTir évoque une annonce sur le dark web (la partie cachée d'Internet). Elle proposerait plus d'un million de comptes, anciens licenciés compris. Le prix demandé serait de 10 000 euros en bitcoins. L'authenticité de cette annonce n'a pas été vérifiée. Le vendeur pourrait être un imposteur.

Qui est derrière l'attaque ?

L'auteur de l'intrusion n'a pas été identifié publiquement. Aucun groupe connu n'a revendiqué l'attaque à notre connaissance.

Selon le magazine de la fédération, deux services lui ont demandé de ne pas commenter l'affaire. Il s'agit de l'ANSSI, l'agence nationale de cybersécurité, et de la brigade de lutte contre la cybercriminalité de Paris.

Qu'ont fait la FFTir et les autorités ?

La fédération a coupé ses outils, corrigé la faille et fait appel à des experts. Elle a prévenu la CNIL, comme l'exige le RGPD (le règlement européen sur les données personnelles). Elle a aussi informé l'ANSSI et porté plainte.

Les autorités ont surtout dû répondre à un risque physique. Le 6 novembre 2025, Europe 1 a révélé un cas à Paris. Un homme se présentant comme policier est entré chez un tireur du 15e arrondissement. Il l'a forcé à ouvrir son coffre-fort, puis a photographié les armes. La victime a porté plainte. Les enquêteurs examinaient un possible lien avec la fuite.

D'autres vols d'armes par ruse ont été signalés en novembre, notamment à Nice, selon la presse. Pour certains cas, comme près de Lyon, le lien avec la fuite n'est pas établi.

Une fiche d'alerte a été publiée sur cybermalveillance.gouv.fr. Elle rappelle un point clé : police, gendarmerie et douane ne viennent jamais récupérer des armes à domicile à cause de cette fuite.

Comment savoir si je suis concerné ?

La FFTir a écrit par e-mail aux licenciés concernés. Si vous étiez licencié, actif ou ancien, partez du principe que vos coordonnées ont pu être exposées.

Une adresse d'assistance dédiée avait été communiquée : incident-itac@fftir.org. Votre club peut aussi vous renseigner.

Pour vérifier si votre e-mail figure dans d'autres fuites, suivez notre méthode pour vérifier si mes données ont fuité.

Que faire si mes données ont fuité ?

  1. Ne laissez entrer personne sans vérification. Demandez la carte professionnelle, avec photo. Un policier en civil porte un brassard avec un numéro à six chiffres. En cas de doute, appelez le 17.
  2. Ne donnez aucune information au téléphone. Ne parlez ni de vos horaires, ni de vos vacances, ni de vos armes. Notez le numéro, raccrochez et appelez le 17.
  3. Refusez toute validation dans le SIA pour une démarche que vous n'avez pas faite.
  4. Méfiez-vous des e-mails et SMS piégés. Un escroc peut citer votre numéro de licence pour paraître crédible. Apprenez à reconnaître les arnaques au phishing.
  5. Changez votre mot de passe EDEN, et ailleurs si vous utilisiez le même.
  6. Signalez les cyberattaques sur 17cyber.gouv.fr et portez plainte en cas de fraude ou de tentative de vol.
  7. Renforcez la sécurité de vos armes pendant vos absences, sur les conseils de votre armurier ou de votre club.

Pour la marche à suivre complète, lisez notre fiche que faire après une fuite de données. Les autres incidents français sont réunis sur notre page France et dans notre liste des fuites.

Questions fréquentes

Quand la Fédération française de tir a-t-elle été piratée ?

L'intrusion a eu lieu entre le 18 et le 20 octobre 2025. Elle a été détectée le 20 octobre. La fédération a informé ses licenciés le 23 octobre 2025.

Les pirates savent-ils quelles armes je possède ?

Selon la FFTir, non. Elle ne détient pas ces informations. Elles sont dans le SIA, un fichier de l'État qui n'a pas été piraté. Mais une adresse de tireur sportif suffit à laisser supposer la présence d'une arme.

Un policier peut-il venir chez moi contrôler mes armes à cause de la fuite ?

Non. Police, gendarmerie et douane ne viennent pas récupérer d'armes à domicile à la suite de cette fuite. N'ouvrez pas, demandez une carte professionnelle et appelez le 17.

Mes données bancaires ont-elles fuité ?

D'après la fédération, aucune donnée bancaire ni médicale n'est concernée. Les données exposées sont l'identité, les coordonnées et le numéro de licence. Restez quand même prudent face aux demandes de paiement inattendues.

Combien de licenciés sont concernés ?

Les médias citent entre 240 000 et 274 000 licenciés. Une annonce non vérifiée sur le dark web évoque plus d'un million de comptes. À notre connaissance, la fédération n'a pas publié de chiffre définitif.